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Le Travailleur Landais (Le TL) : Pouvez-vous nous présenter votre syndicat, son histoire et son implantation landaise ?
Jean-Philippe Freysselinas (JPF) : La CGT est une organisation syndicale historique créée en 1895, porteuse des valeurs de solidarité, de justice sociale, de défense des droits des travailleurs/travailleuses et du progrès social. Depuis plus d’un siècle, elle agit pour améliorer les conditions de travail, les salaires, les retraites, la protection sociale et les libertés syndicales.
Dans les landes l’union départementale CGT a été créée en 1938 à Morcenx.
Dans les Landes, la CGT est fortement implantée dans de nombreux secteurs professionnels : industrie, santé, commerce, services publics, transports, énergie, agriculture, collectivités territoriales ou encore secteur social et médico-social. Cette présence territoriale repose sur un réseau de syndicats locaux, de sections syndicales et de militants engagés quotidiennement au plus près des salarié(e)s.
Notre Union Départementale accompagne les salariés du privé comme du public, les actifs, les retraités et les privés d’emploi. Nous avons également un rôle d’écoute, d’information et d’accompagnement face aux difficultés rencontrées dans le monde du travail.
La CGT Landes défend un syndicalisme de masse et de classe et de proximité, de terrain et d’action collective. Notre objectif reste le même : permettre aux travailleurs de faire entendre leur voix et d’obtenir de nouveaux droits sociaux.
Le TL : Quelles sont les actions et les dossiers sur lesquels vous êtes mobilisés dans cette période ?
JPF : Aujourd’hui, la CGT Landes est mobilisée sur de nombreux fronts face à une offensive sans précédent contre les droits des travailleurs et des travailleuses qui sont victimes de l’inflation. Il n’y a pas que le carburant qui augmente, tout augmente. Il est indécent de demander aux travailleurs et travailleuses de choisir entre se nourrir et travailler alors que les dividendes explosent.
Nous constatons chaque jour une augmentation importante des salariés qui viennent chercher de l’aide, des conseils juridiques et un accompagnement syndical face à un patronat de plus en plus décomplexé. Pressions, licenciements abusifs, non-respect du droit du travail, précarité, remise en cause des acquis collectifs : les attaques contre les salarié(e) se multiplient.
Dans le même temps, les gouvernements successifs, avec la complicité de nombreux responsables politiques aux niveaux local, départemental, régional et national, participent à la destruction progressive du droit du travail et des garanties collectives. Les réformes menées ces dernières années ont affaibli les protections des salariés, facilité les licenciements et organisé la casse des statuts, notamment dans la fonction publique. Ces politiques précarisent et en 1er lieu les femmes. Nous sommes loin des beaux discours pour l’égalité femmes / hommes que priorise la CGT.
Nous manifestons notre opposition contre les politiques d’austérité imposées au nom des déficits publics alors que, dans le même temps, des milliards d’euros sont distribués au patronat et aux grandes fortunes. Les exonérations massives de cotisations sociales, les aides publiques sans contrôle et les nombreux dispositifs permettant au patronat de payer toujours moins de cotisations sociales ont privé la Sécurité sociale de recettes essentielles.
Pour la CGT, il faut rappeler une réalité simple : ce ne sont pas les travailleurs/travailleuses qui creusent le déficit de la Sécurité Sociale, mais bien les exonérations et le non-paiement des cotisations sociales accordés au capital. La Sécurité sociale appartient au monde du travail. Elle est la base de la protection de la santé, des retraites et de la solidarité.
Que dire, en outre, de la fiscalité française, profondément injuste où l’on taxe davantage les travailleurs et les retraités par la TVA pendant que les plus riches et les multinationales continuent de bénéficier de mécanismes d’optimisation et d’évasion fiscale. L’argent existe pourtant pour financer les services publics, les salaires, l’hôpital ou les retraites.
La CGT combat également l’économie de guerre qui sert aujourd’hui de prétexte à de nouvelles politiques d’austérité. Pendant que l’on explique aux salarié(e)s qu’il faudrait travailler plus longtemps, accepter moins de droits et davantage de sacrifices, des milliards sont débloqués pour l’armement et les intérêts industriels liés à la guerre.
Pour nous, la guerre reste l’outil du capital pour accroître les profits de quelques-uns pendant que les peuples et les travailleurs s’appauvrissent. Nous refusons que les salarié(e)s paient une nouvelle fois la facture et nous militons sur le territoire pour contrer cette ligne gouvernementale.
Pour faire face à cette situation, la CGT porte des revendications claires et concrètes :
- le passage aux 32 heures sans perte de salaire pour lutter contre le chômage et améliorer les conditions de vie ;
- l’augmentation immédiate du SMIC à 2202 €, des salaires, des pensions et des minimas sociaux ;
- la retraite à 60 ans ;
- l’égalité salariale entre les femmes et les hommes ;
- le renforcement des services publics et de la Sécurité sociale ;
- une véritable justice fiscale avec la taxation des grandes fortunes et des profits plutôt que des travailleurs.
Nous dénonçons enfin les liens de plus en plus assumés entre pouvoir politique et grands groupes financiers, ainsi que les passe-droits accordés à certains milliardaires et multinationales pendant qu’on demande toujours plus d’efforts au monde du travail.
La CGT Landes continuera à organiser la mobilisation collective pour défendre les droits sociaux, gagner de nouveaux acquis et construire un partage des richesses qui a disparu aujourd’hui.
Le TL : La polémique sur le 1er mai travaillé est peut-être obscure pour certains. Pouvez-vous nous dire en quoi cet acquis social est important ?
JPF : Le 1er mai n’est pas un jour férié comme les autres. Il est la journée internationale de lutte des travailleurs et des travailleuses. Il symbolise les combats menés depuis des générations pour obtenir des droits sociaux, des salaires dignes, la réduction du temps de travail et de meilleures conditions de vie.
En France, le 1er mai est le seul jour férié obligatoirement chômé et payé pour la grande majorité des salariés. Cet acquis n’est pas tombé du ciel : il est le fruit des luttes syndicales et ouvrières.
Aujourd’hui, certains voudraient remettre en cause ce droit au nom de la consommation, de l’activité économique ou du prétendu volontariat. Pour la CGT, cette remise en cause est grave et symbolique.
Nous posons une question simple : le patronat a-t-il réellement besoin de ce jour supplémentaire alors qu’il dispose déjà de 364 jours dans l’année pour faire du profit ? Les patrons ne sont pas empêchés de travailler donc c’est un faux problème qui sert de devanture pour ouvrir une brèche mais les patrons ont peut être envie de profiter du 1er mai pour faire travailler les salarié(e) pendant qu’ils profitent d’une journée de repos.
Derrière cette offensive, il y a surtout la volonté de banaliser toujours davantage le travail le dimanche, les jours fériés et la disponibilité permanente des salariés. C’est une société où tout devient marchand, où les droits collectifs doivent s’effacer devant les intérêts économiques.
Quant au volontariat, nous savons très bien qu’il est souvent un leurre. Lorsqu’un salarié est précaire, mal payé ou soumis à des pressions hiérarchiques, le choix est rarement libre. Beaucoup accepteront de travailler par nécessité et non par réelle volonté.
La CGT refuse cette logique où les travailleurs/travailleuses devraient être disponibles en permanence pendant que les dividendes et les profits continuent d’augmenter.
Défendre le 1er mai chômé et payé, c’est défendre un symbole fort du mouvement ouvrier, mais aussi le droit au repos, à la vie familiale, à la vie sociale et au temps libéré du travail.
Le progrès social ne consiste pas à faire travailler toujours plus les salariés, mais à mieux répartir les richesses et le temps de travail.