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Par Jancovici et Blain, édition Dargaud
Impossible de rater la couverture couleur « jaune surchauffé » de cette grande bande dessinée, signée Jancovici et Blain. Le prologue s’ouvre d’ailleurs sur un épisode de canicule : on est en 2018 et c’est la première fois que les médias relient le phénomène caniculaire au réchauffement climatique.
Avec cette bande dessinée, les auteurs entreprennent une vaste entreprise de pédagogie et d’implacable démonstration. Jean-Marc Jancovici est un ingénieur, et tout l’ouvrage porte la marque de son esprit cartésien.
La bande dessinée se découpe en plusieurs séquences : comprendre comment on en est arrivé là, d’abord. À commencer par le rapport de l’humanité à l’énergie. Cette fameuse énergie, dont on parle tout le temps, sans vraiment savoir ce qu’elle est, ne serait-ce qu’en tant que phénomène physique. Or, c’est l’abondance d’énergie, et le recours aux machines qu’elle permet, qui a radicalement transformé nos vies : ce que nous faisons de nos journées (il y a deux siècles les 2/3 de la population travaillaient dans les champs) ; notre espérance de vie ; là où nous vivons (principalement dans des zones urbaines désormais et dans un territoire pensé pour la voiture) ; avec quels moyens ( elle a permis l’émergence d’une classe moyenne).
Le vrai coût énergétique de notre quotidien est ici détaillé. Bien sûr, ce n’est pas seulement celui de la facture d’électricité ou le prix de l’essence à la pompe. C’est aussi l’énergie qui sert à fabriquer notre quotidien matériel (meuble, vêtements…) et qui est désormais devenue invisible. Notre quotidien est empreint d’une ultra-dépendance au pétrole et au gaz.
Quant à notre vie « immatérielle », le flux d’informations a explosé. Or, les émissions de dioxyde de carbone liées au digital équivalent à celles de toute la flotte mondiale de camions (et encore, l’édition de cette BD date d’avant la généralisation des IA conversationnelles !).
Bien entendu, cette séquence se termine sur le constat que nous connaissons tous : notre mode de vie est désormais insoutenable. Il y a d’ailleurs un détour pour expliquer les raisons de ce déni si durable dans la pensée économique moderne, qui a longtemps prospéré sur l’hypothèse de ressources naturelles illimitées. Son corollaire est la croissance, qui est encore aujourd’hui dans les fondements de toute pensée de la puissance publique.
Alors comment faire ? Et c’est là que s’ouvre la seconde partie de la bande dessinée. Les solutions possibles – de la limitation démographique à la décroissance – sont passées au crible : de leur efficacité technique à leur faisabilité politique.
Du côté des solutions « techniques », le recours aux énergies non carbonées est considéré comme pure illusion: d’abord au regard de leur performance insuffisante en réponse aux besoins, ensuite parce qu’on constate qu’elles viennent nourrir une consommation toujours plus croissante, plutôt que de remplacer les énergies fossiles.
On en arrive à la solution que défend Jancovici, et qui lui a valu nombre de critiques : le nucléaire. L’auteur s’attache alors à lever les craintes avec méthode. La démonstration se veut factuelle, pragmatique et implacable.
Pour lui, la voie à suivre combine recours au nucléaire et organisation de la sobriété énergétique. De là, la bande dessinée déroule une feuille de route des principaux secteurs à réformer (agriculture et alimentation, transports, logement…).
Si l’on se perd parfois dans les chiffres et le décryptage des mécaniques physiques, cette bande dessinée a le mérite d’être très complète. Elle permet à la fois de revenir aux bases du problème écologique actuel et d’en poser les termes du débat. Quoique parue avant l’intensification des phénomènes climatiques en France, et avant l’IA, cette bande dessinée demeure un classique pour prendre la mesure du défi écologique qui est le nôtre.