Quand la jeunesse bloque, que nous dit-elle ?

Auteurs

Il y a quelque chose de profondément politique dans une grille de lycée que l’on bloque au petit matin. Quelques pancartes, des revendications, des élèves qui refusent d’entrer en cours. Et derrière ce geste, une question que l’on ne peut balayer d’un revers de main : que fait une société lorsque sa jeunesse ne se sent plus entendue ?

Dans les Landes comme ailleurs, les blocus lycéens et universitaires ne surgissent pas de nulle part. Ils disent une colère face aux classes surchargées, au manque de moyens, aux conditions d’études dégradées, à une école et une université auxquelles on demande toujours davantage avec toujours moins. Ils disent aussi une promesse républicaine qui s’éloigne : celle de l’égalité des chances. La violence ne se réduit pas à celle qui éclate dans la rue : elle est aussi institutionnelle, lorsqu’une accumulation d’inégalités et de renoncements finit par produire de l’impuissance.

Cela ne justifie pas les quelques dégradations. Mais cela oblige à regarder ce qui les précède. Et comment ne pas être troublé par les images de mineurs exposés aux gaz lacrymogènes en réponse à leur mobilisation ? Déjà en mai 1968, François Mitterrand lançait au gouvernement : « Vous avez constamment traité l’étudiant en objet. Vous avez dit que vous recherchiez le dialogue, que vous ne vouliez pas de violence : en réalité, vous avez refusé le dialogue et vous avez obtenu la violence. Cela juge votre politique.» Réprimer ou écouter sans répondre, c’est apprendre à la colère qu’elle doit crier plus fort.

C’est ici que la gauche doit être à la hauteur. Elle ne peut se contenter d’écouter les revendications de la jeunesse : elle doit les porter, les organiser, les transformer en conquêtes. Parce que son arme première devrait toujours être celle que Victor Hugo plaçait au cœur de l’émancipation : l’éducation.

Une école forte. Une université digne. Des moyens à la hauteur des ambitions républicaines.

Car la jeunesse n’a pas toujours raison. Mais lorsqu’elle se lève, notre premier devoir n’est pas de lui demander de se taire. C’est de comprendre ce qu’elle nous dit.

Dans les Landes, nous savons à quel point l’éducation est un levier d’égalité. L’égalité des chances ne peut rester un slogan : elle exige des moyens humains supplémentaires, des établissements accompagnés, des équipes éducatives respectées et soutenues, ainsi qu’une lutte déterminée contre les inégalités sociales et territoriales. Garantir à chaque jeune des conditions d’apprentissage dignes suppose de remettre l’investissement dans l’Éducation nationale au cœur des priorités et de faire confiance à celles et ceux qui la font vivre au quotidien.

Car il ne peut y avoir de République forte sans une jeunesse qui croit en son avenir. Et il ne peut y avoir de jeunesse confiante sans une puissance publique qui assume pleinement son rôle.