
Par Monique Lubin – Sénatrice des Landes, Première secrétaire Fédérale des Landes
« Une société qui oublie ses luttes est une société qui accepte plus facilement de perdre ses droits. »
Il y a des dates qui ne sont pas seulement des dates. Le 1er mai est de celles-là. Ces derniers jours, certains ont voulu en faire un jour comme les autres. Sous prétexte de répondre aux exigences de quelques secteurs du patronat, une proposition de loi visait à élargir le travail ce jour-là. Elle avait été adoptée au Sénat, malgré le combat que j’ai mené sur ce texte, et portée jusqu’à l’Assemblée nationale.
Face à la mobilisation syndicale et politique, le gouvernement a finalement reculé. Le texte est abandonné, au moins pour cette année. Ce recul est une victoire. Mais il dit aussi beaucoup de l’époque. Car derrière ce débat, il ne s’agissait pas simplement d’ouvrir quelques commerces de plus un jour férié. Il s’agissait, en réalité, de banaliser ce qui ne doit jamais l’être.
Le 1er mai n’est pas un jour férié parmi d’autres. C’est une conquête. C’est une mémoire. C’est un symbole pour l’histoire du camp social international.
Depuis la fin du XIXème siècle, depuis les luttes ouvrières et les événements dramatiques de Chicago en 1886, cette journée est devenue celle des travailleurs et des travailleuses du monde entier. Une journée arrachée par le combat. Une journée qui dit que la vie ne se résume pas à travailler chaque jour pour un patron, que les travailleurs ne sont pas seulement une force productive, mais un corps social, une conscience collective.
Le 1er mai, c’est un temps libéré. Un temps soustrait à la logique marchande. Un temps où l’on ne travaille pas pour quelqu’un d’autre, mais où l’on se retrouve, où l’on se rassemble, où l’on se souvient. C’est notre espace politique. Un espace où se transmettent les luttes passées, où se rappellent les droits acquis, où se construit la conscience de ce que nous devons encore conquérir.
C’est cela qui dérange. Car oui, certains rêvent d’effacer cette mémoire. De transformer ce jour en un jour d’activité comme un autre, vidé de sa portée symbolique et collective. Mais une société qui oublie ses luttes est une société qui accepte plus facilement de perdre ses droits.
Nous ne l’acceptons pas. Dans les Landes comme ailleurs, nous affirmons une chose simple : le 1er mai n’est pas négociable. Parce qu’il appartient à notre histoire sociale. Parce qu’il incarne la dignité du travail. Parce qu’il rappelle que les droits ne sont jamais donnés, mais toujours conquis. Et parce qu’il reste, aujourd’hui encore, un point d’appui pour celles et ceux qui continuent de se battre pour vivre dignement de leur travail.
Le gouvernement a reculé. Il a eu raison. Mais le débat reviendra. Et nous serons là.