Face au dérèglement climatique, reconstruire et anticiper

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Cet été, les incendies simultanés de Biscarrosse, dans les Landes, et du Porge, en Gironde, ont une nouvelle fois confronté notre région à la violence du dérèglement climatique. À Biscarrosse, le feu a menacé et endommagé les habitations, contraint à l’évacuation de milliers d’habitants et de touristes, frappé durement la zone d’activité et ravagé une partie de notre patrimoine forestier. En pleine saison estivale, il a aussi déstabilisé une économie reposant largement sur le tourisme, les activités de loisirs et la filière forêt-bois.

Ces incendies ne sont pas des événements isolés. Après les feux de 2022, les tempêtes, les inondations de l’hiver dernier et des sécheresses toujours plus intenses, ils témoignent de l’accélération du changement climatique et de ses conséquences très concrètes pour les Landais·e·s.

À l’échelle des Landes et de la Gironde, 40 965 hectares de forêt ont brûlé, des familles ont vu leur habitation détruite ou endommagée et au moins 3,5 millions de mètres cubes de bois ont été touchés, soit l’équivalent de 65 % des prélèvements annuels de pin maritime en Nouvelle-Aquitaine. Plus de 15 000 entreprises ont été directement affectées et les pertes touristiques sont estimées à 60 millions d’euros pour les seules zones et périodes d’évacuation. Dans le Parc naturel régional des Landes de Gascogne, 7 742 hectares d’espaces naturels ont été touchés.

Face à cette catastrophe, la Région a immédiatement mobilisé ses moyens et accompagnera dans la durée les populations, les collectivités et les activités sinistrées. Mais cette action ne naît pas au lendemain des incendies : depuis plusieurs années, la Nouvelle-Aquitaine transforme ses politiques pour anticiper le bouleversement climatique.

Une Région mobilisée pendant la crise et présente pour préparer l’après

Dès les premiers départs de feu, la Région s’est mobilisée au sein des cellules de crise. Elle s’est tenue aux côtés des communes touchées, a relayé leurs besoins et assuré le lien avec les acteurs économiques. Elle a également contribué à organiser l’accès des entreprises à leurs outils de production, à informer les touristes et à évaluer les conséquences économiques de la catastrophe.

Une vingtaine d’internats de lycées et d’établissements régionaux ont été ouverts, mettant plus de 2 500 places à disposition des sapeurs-pompiers, des forces de sécurité et des populations évacuées. Huit bases d’hébergement ont permis aux pompiers de se reposer et de se relayer, tandis que les plateformes de restauration des lycées ont produit jusqu’à plus de 1 000 repas par jour. Dans les Landes, les cars régionaux et ceux de la Régie régionale des transports des Landes ont été mobilisés pour les évacuations. Face à l’urgence, la Région a ainsi placé ses bâtiments, ses personnels et ses moyens de transport au service de la protection des populations.

Mais notre responsabilité ne s’arrête pas lorsque les flammes s’éteignent. Nous avons donc présenté un plan exceptionnel de 14 mesures, organisé en trois temps : amortir le choc, accompagner le rebond et reconstruire plus solidement. Près de 15 millions d’euros de financements publics – 10,5 millions d’euros régionaux et 4,4 millions de fonds européens – permettront de mobiliser, grâce aux prêts et aux garanties, jusqu’à 127 millions d’euros de financements privés.

Amortir le choc, c’est d’abord préserver les entreprises et les emplois. Un prêt post-incendies répondra aux difficultés de trésorerie, notamment dans les secteurs saisonniers. Les entreprises déjà accompagnées par le Fonds régional de garantie pourront bénéficier d’un report ou d’un gel de leurs échéances.

Organiser le rebond, c’est permettre aux commerces, artisans et entreprises de Biscarrosse de reconstruire leurs ateliers et de remplacer leurs équipements. Les TPE pourront recevoir jusqu’à 15 000 d’euros d’aide, en complément des indemnisations. Les PME industrielles pourront être accompagnées dans la modernisation de leur outil de production. Les hébergements touristiques, campings, sites de visite et activités de loisirs bénéficieront également des dispositifs régionaux d’aide à l’investissement. Le rebond concerne aussi toute la filière bois. Face au volume exceptionnel de bois incendié, la Région travaillera avec l’État, les propriétaires forestiers et les industriels à la remise en service de plateformes de stockage. Les Landes sont enfin associées aux actions de relance des réservations et de promotion touristique en France comme à l’étranger.

Reconstruire plus solidement impose enfin de tirer les leçons de la catastrophe. La Région propose de réorienter 4,2 millions d’euros de crédits européens vers la défense des forêts contre les incendies. Elle demande à l’État d’installer en Nouvelle-Aquitaine une base permanente de bombardiers d’eau, qui pourrait notamment s’appuyer sur le pélicandrome de la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan.

Elle propose surtout de faire du massif des Landes de Gascogne un laboratoire national de la forêt résiliente : mieux retenir l’eau dans les sols, restaurer les zones humides, diversifier les paysages forestiers, aménager des espaces tampons, améliorer la détection des départs de feu et mieux protéger les zones de contact entre la forêt, les habitations et les activités humaines. Notre massif doit rester une forêt productive, vivante et créatrice d’emplois, mais devenir plus robuste face aux sécheresses, aux incendies, aux tempêtes et aux risques sanitaires.

Anticiper le changement climatique : un engagement régional de longue date

La Région n’a pas attendu les incendies de cet été pour prendre la mesure du bouleversement climatique. Dès 2010, elle a installé AcclimaTerra, comité scientifique régional chargé d’éclairer les politiques publiques par la connaissance scientifique. Après un premier rapport consacré à l’Aquitaine en 2012, plus de 240 scientifiques et experts ont contribué en 2018 au rapport « Anticiper les changements climatiques en Nouvelle-Aquitaine pour agir dans les territoires ». Forêt, eau, agriculture, littoral, santé, biodiversité ou activités économiques : les vulnérabilités aujourd’hui révélées avec brutalité avaient déjà été identifiées et documentées. Le rôle d’une collectivité responsable est précisément de ne pas détourner le regard devant ces alertes, mais de les traduire en politiques publiques.

C’est toute l’ambition de Néo Terra, première feuille de route régionale consacrée aux transitions écologique et énergétique, adoptée dès 2019. Celle-ci a profondément transformé la manière dont la Région conçoit ses politiques, contractualise avec les territoires et accompagne les entreprises, les associations et les collectivités. Renforcée en 2023, Néo Terra place désormais l’adaptation au dérèglement climatique, le principe d’« une seule santé » – humaine, animale et environnementale – et la solidarité au fondement de l’action régionale.

Ses 6 ambitions concernent l’ensemble de notre quotidien : reconstituer les ressources naturelles ; placer les solidarités au coeur des transitions ; accélérer les mutations agricoles et alimentaires ; construire une économie responsable et durable ; adapter les mobilités et l’habitat ; préserver conjointement la santé humaine et celle des écosystèmes. À travers elles, la Région agit pour retrouver une eau de qualité et en quantité suffisante, reconquérir la biodiversité, réduire notre dépendance aux énergies carbonées, soutenir l’innovation, transformer les activités économiques et accompagner les territoires les plus vulnérables. Elle veille également à ce que cette transition soit juste, car l’écologie ne peut réussir si elle laisse de côté les habitants, les salariés ou les territoires qui disposent de moins de moyens pour s’adapter.

Néo Terra a ainsi progressivement irrigué l’ensemble des interventions régionales. Depuis 2023, la Nouvelle-Aquitaine est la première Région française à avoir étendu les éco-socio-conditionnalités à toutes ses aides. Cela signifie que l’argent public régional doit encourager les entreprises, les associations et les collectivités à améliorer leurs pratiques environnementales et sociales. La Région développe également un budget vert afin de mesurer les effets de ses dépenses sur le climat, l’eau, la biodiversité, l’économie circulaire et les pollutions.

L’incendie de Biscarrosse ne rend donc pas soudainement nécessaire la transition écologique : il démontre tragiquement l’urgence d’accélérer une démarche déjà engagée. Nous devons mener deux combats de front : réduire nos émissions et préserver nos puits de carbone, tout en préparant nos forêts, nos communes, nos entreprises et nos services publics aux conséquences déjà présentes du changement climatique. Le plan adopté après les incendies s’inscrit pleinement dans cette continuité et donne une traduction concrète aux orientations portées depuis plusieurs années par Néo Terra.

Face à cette épreuve, notre responsabilité est claire : protéger les populations, soutenir les acteurs touchés et préparer dès maintenant les Landes de demain. Nous refusons de nous résigner à réparer, catastrophe après catastrophe. Aux côtés des communes, des entreprises, des sylviculteurs et des habitants, nous faisons le choix de la solidarité, de la science et de l’action publique.

Nous renouvelons tout notre soutien aux familles qui ont perdu leur habitation, aux habitants évacués et à toutes celles et ceux dont la vie ou l’activité a été bouleversée.

Nous adressons également notre profonde reconnaissance aux sapeurs-pompiers, aux forces de sécurité, aux agents des services publics et des collectivités, aux élus locaux, aux associations et aux bénévoles qui ont fait vivre, dans l’épreuve, la solidarité landaise.