Le jeudi 1er octobre, près de cinq cents élèves se sont rassemblés devant les grilles du lycée Sud des Landes à Saint-Vincent-de-Tyrosse. Le même jour, des centaines de jeunes se réunissaient devant les lycées Victor-Duruy, Charles-Despiau et Robert-Wlérick à Mont-de-Marsan et devant le lycée de Borda à Dax. Les Landes rejoignaient ainsi un mouvement parti le 21 septembre d’un lycée de Créteil et qui, en quelques jours, a touché plusieurs centaines d’établissements dans tout le pays.
Ce mouvement, lancé par l’Union syndicale lycéenne, dénonce le manque de professeurs et de personnels, des établissements délabrés, des classes et des emplois du temps surchargés. Les chiffres lui donnent raison. Selon un récent rapport parlementaire, environ 7,5 % des heures d’enseignement ne sont pas assurées dans le second degré faute de remplacement. Sur la plateforme de concertation ouverte par le gouvernement lui-même, près des trois quarts des contributions lycéennes évoquent des emplois du temps intenables et la moitié l’état des bâtiments.
À cela s’ajoutent des classes à 35 élèves et plus, l’absence d’infirmières et d’assistantes sociales en nombre suffisant, une santé mentale fragilisée et Parcoursup, que toute une génération vit comme une machine à trier. Les lycéens doivent être écoutés : ils veulent étudier dans des conditions dignes, avec des professeurs devant eux et un avenir qui ne se joue pas à l’algorithme.
Dans les Landes, ces revendications ont des visages. Au lycée Sud des Landes, des élèves décrivent des journées trouées par jusqu’à six heures sans cours, et des classes privées de professeur de français à l’approche du baccalauréat. Le 6 octobre, une délégation a été reçue à la mairie de Saint-Vincent-de-Tyrosse par Régis Gelez, le maire et Président de MACS, des élus du territoire et les conseillers départementaux Sylvie Bergeroo, vice-présidente du Département, et Cyril Gayssot. Dans un courrier adressé au préfet, les signataires saluent le sérieux de ces jeunes, dont la mobilisation s’est déroulée sans aucun heurt, et relaient leurs demandes jusqu’au ministère. Nous partageons leur conviction. La réussite d’un élève ne doit pas dépendre de l’adresse de son lycée.
Face à cette jeunesse, quelle a été la réponse de l’État ? D’abord la suspicion. Avant même d’écouter, des membres du gouvernement ont accusé les lycéens d’être manipulés par l’extrême gauche. Puis la répression : plus de six mille interpellations en une semaine, des enquêtes ouvertes par l’IGPN, l’usage des grenades assourdissantes finalement suspendu après des blessures graves. Puis est venu le slogan du « Qui casse paye », comme si la question posée était celle des poubelles et non celle des professeurs.
Le 13 octobre, plus aucun lycée landais n’était bloqué, et certains élèves évoquaient la peur des sanctions. Le silence obtenu par la crainte n’est pas une réponse.