
Par Éric Sargiacomo — Député européen
« Une agriculture forte repose d’abord sur la justice sociale et la reconnaissance du travail paysan. »
Il y a 80 ans, le 13 avril 1946, la France adoptait le statut du fermage. Une loi fondatrice, issue de l’esprit du Conseil national de la Résistance, qui a profondément transformé notre agriculture, et tout particulièrement dans les Landes.
Car il faut se souvenir de ce qu’était la réalité agricole avant 1946.
Dans nos campagnes landaises, le métayage dominait largement. Les paysans cultivaient des terres qui ne leur appartenaient pas, remettaient une part importante de leur production au propriétaire et restaient soumis à son bon vouloir. Les conditions d’exploitation étaient souvent extrêmement dures : instabilité permanente, absence de droits, dépendance économique totale. Impossible d’investir, difficile de se projeter, et parfois même de vivre dignement de son travail.
Dans les Landes, les luttes ont été nombreuses. Les syndicats agricoles, les militants socialistes et communistes ont mené des combats décisifs pour mettre fin à ces rapports de domination et faire reconnaître un principe simple mais essentiel : ceux qui travaillent la terre doivent pouvoir en vivre et en récolter les fruits.
La loi de 1946 a marqué une rupture historique en permettant aux métayers de devenir fermiers, elle a apporté des garanties inédites :
- des baux de longue durée,
- une stabilité dans l’exploitation,
- des droits reconnus face aux propriétaires.
Elle a aussi encadré les loyers agricoles, limitant la rente foncière et rééquilibrant le partage de la valeur au profit du travail.
Ce cadre a permis une transformation en profondeur de notre agriculture. Dans les Landes, il a accompagné le développement d’exploitations familiales solides, capables d’investir, de se moderniser et de s’inscrire dans la durée.
Mais cet héritage est aujourd’hui confronté à de nouveaux défis : accès au foncier pour les jeunes, montée des formes sociétaires, pression spéculative, financiarisation des terres… autant d’évolutions qui interrogent l’équilibre construit en 1946.
Plus que jamais, une conviction doit nous guider : la terre ne peut pas être un simple actif financier. Elle doit rester un outil de travail au service de celles et ceux qui la cultivent.
À l’heure où la souveraineté alimentaire redevient une priorité, le statut du fermage nous rappelle une chose essentielle : une agriculture forte repose d’abord sur la justice sociale et la reconnaissance du travail paysan.